What a Pheasant Xperience


Dessine moi un Faisan


Lundi soir, mon mari est rentré à la maison avec une drôle de surprise; son collègue "LuckyLuc Le Chasseur" lui a apporté un faisant entier. Un mâle qui plus est avec des plumes magnifiques (le Faisan, hein?Pas LuckyLuc).


Nous sommes végétarien au quotidien, tendance vegan à nos heures perdues...mais nous acceptons les dons de Mère Nature par le biais de LuckyLuc à l'occasion.Des dons chassés avec respect, bien loin de l'élevage industriel bio ou non, auxquels nous refusons l’accès à nos assiettes, estomacs et consciences.

Une à deux fois par année, nous recevons du sanglier. Il est déjà débité en morceaux brut; je n'ai qu'à enlever les os et les côtes. Mais là, c't'une autre affaire c'tte bestiasse!

Comme j'aime relever les défis "bushcraft de l'extrême", j'accepte le challenge avec joie (j'envisage avec satisfaction les plumes, les pattes, le crâne et les ailes qui me serviront dans mes procédés chamaniques) et circonspection (mais comment diable allons nous faire?).


Après avoir glané quelques infos diffuses par-ci par là, je m'attaque au déplumage. Pas question de plonger le corps dans l'eau bouillante; les plumes seraient foutues!Pendant 1 heure 1/2 je déplume délicatement à la main Frère Faisan. J'ai le temps de m'habituer un peu au contact de ce corps froid et raidi, qui commence à fleurer le faisandage (ha ben ouais, il faut le laisser "pourrir", on dit "faisander" ça fait moins gore, de 2 à 3 jours entier au fridge).


Tout en prélevant les plumes en deux tas distincts (les belles plumes destinées aux gris-gris et autres smudging feathers, et le duvet de plumettes que je sais pas encore trop quoi faire avec) je repense à mes ancêtrEs. Des femmes qui de génération en génération ont plumé poulets, oies et autres gibiers pour nourrir la famille. Quelle patience, et quel temps cela devait prendre! Quand ta bête est prête il n'y a pas de "J'ai encore un dossier à finir" ou "je peux pas parceque j'ai aquaponey" qui tiennent!Tu plumes et tu vides parce que si ça gâche c'est une vie et du boulot pour walou-nada. Et la marmaille qui va réclamer la bouffe d'ici peu, ça c'est pire que des Gremlins...


Nous avons fait appel à une voisine pour qu'elle vienne nous aider à vider. J'avoue que j'avais superpeur de percer un intestin et de tout foirer (c'est le cas de le dire).

Dame Isabelle est venue à notre secours avec douceur (j'ai beaucoup aimé sa manière d'entrer en contact avec l'animal avant de lui faire subir les pires outrages) et poigne (La main enfoncée dans le fion à la recherche des entrailles...yeah, glamorous...).A l'âge de mes filles, elle vidait les poules de la ferme familiale en Afrique.

Dame Isabelle a retrouvé les gestes d’antan avec habilité. Elle nous a bien tout expliqué devant nos yeux ébahis et pas loin de la nausée...

Puis les mains lavées, elle s'en est retournée manger la fondue comme si de rien n'était! Je n'aurais juste jamais imaginer vivre cette expérience avec une de mes voisines, mais j'adore :-))!


Nous avons coupé les ailes, cramer au butagaz les derniers duvets de la carcasse, et mis de côté les pattes et la tête. Les plumes seront congelées (pour détruire la vermine), les pattes et les ailes sont mis à sécher dans des billes de silice (à voir comment ça évolue, le but étant de les sécher) et si nous ne trouvons pas de fourmilière la tête sera bouillie puis vidée de ses chairs.


A l'heure ou j'écris, Mister Faisan, qui ressemble en tout point à un poulet anonyme à présent, baigne dans son jus "A la Sauvâââge" (avec des herbettes récoltées à la St-Jean et des produits locaux de nos amis paysans, apiculteurs ou parents). ça sent divinement bon, j'ai hâte d'y goûter!


Cette expérience m'a permis de comprendre ce que ça signifie de "manger" un animal, de me confronter à l'aspect cracra de la Vie et voir combien nous avons tout perdu de ces gestes qui étaient pourtant familiers à nos (gds) parents. Sans oublier, comme toujours, l'aspect éducatif de la chose; observons les pierres de gésier, les plumes, la tête, les entrailles...tant de trucs qu'il est possible d'apprendre en théorie mais rarement en pratique.


Je suis fière et en même temps pleine de respect et de gratitude pour tout ce que Mère Terre nous offre!


Pheasant and Husband

Puisses-tu courir dans les Forêts de l'Eternelle Jeunesse, Frère Faisan!

© 2019 Chloé Biessy 

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