Brave, bald and bolder



Ou comment je suis passée de RastaWitch à Punk Mambo en une soirée


ça y est. 4 1/2 ans que la hantise des poux s’abat sur moi à chaque rentrée.

4 1/2 ans de dreadlocks longues et soignées, qui comme alternative radicale opposée, n'avaient que le rasage de crâne, l'ultime badasserie en cas d'infection.

Et donc, ça y est, Louve a ramené des poux et toute la maisonnée est en alerte rouge.

Je fais un traitement préventif aux huiles essentielles qui se solde par une nuit quasi blanche à me gratter frénétiquement la tête...et à choper ces bastards entre mes doigts.

A 4h du mat, ma décision est prise; ce soir je me rase la tête. Tout plutôt que de sentir cette horrible picotement et le galop de ces saloperies entre mes racines.

C'est un choix que j'ai pris en conscience et spiritualité: vu que nous traversons des grands chamboulement familiaux et personnels, une évidence me saute aux yeux : cet acte est une mue.Une manière forte de dire "Fuck off, je repars à zéro.Un nouveau moi, tout nu, tout propre pour illustrer cette transition." Un acte alchimique en soi.


Avant de sauter le pas, j'ai regardé pas mal de vidéo de youtubeuses et autres photos pinterestiennes pour m'accompagner dans ce processus. Certaines l'ont fait par envie, par opposition à l'image classique, stéréotypée et patriarcale de la Femme, par besoin de changement radical, ou plus tristement par maladie.

En coupant mes cheveux j'ai pensé à toutes ces femmes qu'on a tondues; pour sorcellerie, parcequ'elles avaient couchés avec l'ennemi, parceque qu'elles décident de le faire avant que la maladie ne s'empare d'elles.Comme si le fait de nous enlever nos cheveux, tel Samson, serait une perte de notre pouvoir, l'ultime humiliation qu'on pourrait nous infliger!

WE ARE FUCKING BOLDER THAN THAT!


J'ai pleuré devant mes 36 dreads amoureusement entretenues, ma fierté capillaire et mystique, mes antennes à énergie .J'ai pleuré quand mon mari m'a coupé ce qui restait de mes cheveux en broussaille. J'ai eu peur de me regarder dans le miroir. Une nouvelle image de soi à apprivoiser et à assumer devant le regard des autres, avec toutes les questions auxquelles il va falloir répondre, comme s'il fallait se justifier!(comme s'il fallait à tout prix qu'une femme qui se rase la tête ait une "bonne raison"...on te fait chier quand tu passe du mi-long à un carré?).

Tout s'est mélangé dans ma tête, dans un tourbillon de sentiments contradictoires; passant du grisement extatique à la honte.

Et ce matin je me sens plus forte, plus sereine...et tu sais quoi?Enfaite je me trouve pas si mal comme ça! Je me sens plus libre, plus légère, j'aime sentir le vent sur mon crâne, les gouttes d'eau qui jouent du djambé sur ma tête nue, toucher mon scalp et avoir la sensation de l'herbe fraîchement coupée!

Je me sens fraîche, dynamique, à même d'embrasser avec bienveillance ce nouveau Moi!


Notre féminité ne s'exprime pas à travers notre masse capillaire. Notre Moi n'est pas forcément anéanti ni bouleversé de cette nouvelle image. Je suis bien consciente que j'ai eu ce choix (façon de parler, j'avais pas vraiment d'autres alternatives) mais qu'en réalité quoiqu'il arrive dans la vie, nous avons toujours le choix; enlever le sparadra tout doucement avec résignation et tristesse ou l'arracher d'un coup sec avec joie et résilience. Cette expérience m'a confrontée à ceci; pourquoi lutter contre l'inévitable, alors qu'en y mettant de la conscience et de la confiance on peut surmonter les épreuves. Une belle leçon de vie taillée à la tondeuse.

Samedi j'irais en forêt et en famille, rendre nos cheveux à Pachamama. Ce sera mon sacrifice de gratitude pour tous les enseignements et informations contenues dans mes locks, afin que tout cela retourne à la Terre et refleurisse grâce aux pouvoirs de la Transformation.


Bref, je suis passée de RastaWitch à Punk Mambo en une soirée...




© 2019 Chloé Biessy 

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